Avec aujourd’hui 80 « villages » dans le monde, le Club Med accompagne depuis bientôt soixante ans les vacances des Français… L’une des destinations les plus prisées des « gentils membres » (les GM), avec 115 000 vacanciers par an, n’est qu’à trois heures de vol de Paris : le Maroc. Passé les premiers « villages de cases », c’est là-bas que les pères fondateurs, Gérard Blitz et Gilbert Trigano, ont ouvert en 1965, à Agadir, leur premier village « en dur », plus confortable.

Feu le roi Hassan II y était très favorable et la présence de la Caisse des dépôts du Maroc comme actionnaire témoigne des liens privilégiés qui unissent de longue date le Club et le royaume. Surtout, Henri Giscard d’Estaing en a fait un laboratoire de sa nouvelle stratégie. Inauguré en 2004, le village « 3 en 1 » de Marrakech la Médina, la Palmeraie et le très chic Ryad à 5 Tridents doit offrir des vacances « raffinées, généreuses, à la carte et multiculturelles ». A voir…

« Ils grattent sur tout ! »

Après que l’on a composé le 08.200.200.08, une conseillère à l’accent anglais fournit des renseignements. « Oui, il reste des chambres à la Médina. La Palmeraie, c’est plus jeune et il y a du golfe, du tennis, du VTT, de l’équitation, etc. Avec le bus, vous pourrez faire la navette entre les deux sites. » Mais cette conseillère ne serait-elle pas aussi « délocalisée » au Maroc ? La question posée, celle-ci répond, amusée : « Non, je suis à Paris. » Deux clics, et le billet d’avion est aussi acheté sur Internet. Coût total du voyage : 514 € (291 € pour le vol et 223 € les deux nuits à la Médina).

Stratégiquement situé sur la place Jamaa El-Fna, la Médina est un havre de paix au milieu du coeur vibrant de Marrakech. Sitôt arrivés, les « GM » sont affublés d’un petit bracelet couleur saumon. C’est le signe distinctif des touristes quatre Tridents, tandis que les résidants du Ryad (cinq Tridents), eux, se voient gratifiés d’un bracelet plus élégant, orange, en corde tressée.

Le soir, la salle de restaurant de la Médina est remplie de couples et de familles qui dînent sur des tables individuelles. Fini les longues tablées de huit permettant autrefois de sympathiser avec d’autres « GM » !

« Si vous êtes célibataire, vous auriez dû aller à Kemer, en Turquie », explique un sexagénaire à une jeune vacancière esseulée. Plus tard, au bar de la Palmeraie, ce jeune retraité enrage de devoir payer son verre de Marie Brizard alors que l’alcool est censé pouvoir couler « à volonté ». « Ils grattent sur tout ! Quand je suis venu il y a an, c’était gratuit. » Pourtant, ce Champenois d’origine reste un inconditionnel. Il connaît de mémoire le nom des trois anciens « chefs de village » de Marrakech et apprécie l’ambiance calme et reposante qui règne à la Palmeraie.

Autre public, autres attentes : le lendemain, un groupe de seize quadragénaires, tous commerciaux, se déchaîne dans l’eau pour une partie endiablée de « rugby-piscine ». Après un cours d’aquagym le matin, sur les airs dansants du « Port d’Alexandrie » de Claude François et du groupe YMCA, l’ambiance festive immortalisée par le film « les Bronzés » se prolonge jusqu’à l’heure de la sieste, au grand dam des autres vacanciers plus soucieux de dormir. Bref, autour de la piscine cohabitent toutes sortes de « GM », fort différents. Pas facile de concilier « tous les bonheurs du monde »…