En plus de ses grands projets d’infrastructure et de développement, le Maroc a lancé un programme baptisé « Emergence » qui a pour objectifs de capter des opportunités majeures dans un contexte de fortes délocalisations, impulser l’émergence et le développement de nouveaux métiers et de nouveaux secteurs, et stimuler la croissance. Le programme définit les secteurs sur lesquels il faut concentrer les investissements de manière à faire face aux défis de la mondialisation et de la concurrence internationale, notamment l’offshoring, l’automobile, l’aéronautique, l’électronique, l’agro-alimentaire et les produits de la mer.

L’offshoring : L’objectif est d’offrir des sites clés en main pour attirer les activités d'externalisation (traitement d'informations financières, comptables et bancaires ou encore de téléservices), surtout sur les marchés francophones et hispanophones. Durant les prochaines années, le gouvernement marocain développera des zones spéciales dédiées à l’offshoring : Casa-shore, Rabat-shore (Technopolis), Tanger-Shore, Marrakech-Shore, Fès-Shore. Casa-shore sera le premier parc dédié à l’offshoring.

L’automobile : Pour ce secteur, il s'agit de se positionner sur la fabrication de composants, un secteur porteur déjà développé au Maroc. Concernant la mise en œuvre, et à l'instar de l'offshoring, le gouvernement a retenu l'idée d'une cité dédiée aux industries automobiles, baptisée « Automotive City », qui sera probablement implantée dans le Nord, à proximité du port Tanger-Méditerranée et de Tanger Free Zone (TFZ).

L’aéronautique : Tout comme l'automobile, l'industrie aéronautique, autre pilier du programme Emergence, aura sa cité, au sein de la technopole de Nouaceur.

L’électronique : Afin de faire face à la concurrence asiatique en matière d’électronique de masse (télévisions, téléphones cellulaires, etc.), le plan Emergence prévoit que le Maroc se positionne sur les composants plus sophistiqués, notamment ceux servant aux appareillages embarqués pour l'aviation, l'automobile et l'électronique à usage médical, ou encore ceux destinés à la défense. Le plan prévoit la création d’un site dédié, qui sera localisé du côté de TFZ, et qui portera le nom d'« Electronic City ».

L’agroalimentaire : Pour ce secteur, le programme Emergence propose une architecture bâtie autour de quatre pôles agro-industriels : le dipôle Meknès-Fès, le pôle du Gharb, le pôle Oriental et le pôle Tadla. Pour l'offensive dans l'agroalimentaire, le plan Emergence a retenu trois axes principaux. Le premier concerne les filières existantes et à fort potentiel comme les maraîchages, les condiments, les herbes et épices et les petits fruits. En revanche, le deuxième axe propose un positionnement sur de nouvelles filières en forte croissance comme la transformation des produits « bio » et les plats cuisinés. Enfin, le dernier axe consiste en une relance plus agressive dans les filières traditionnelles du Maroc comme l'olive, l'huile d'olive, l'huile d'argan et le jus d'orange de qualité supérieure.

Les produits de la mer : C’est presque le seul secteur dans lequel le Maroc se démarque nettement de ses principaux concurrents, dont la Turquie, la Tunisie et l'Egypte. Avec un dispositif plus agressif et en s'orientant, comme le préconise le programme Emergence, vers des produits plus élaborés comme le congelé et les produits haut de gamme, essentiellement le poisson frais, il pourrait faire mieux. Pour la mise en œuvre, le principal pôle de développement de ce secteur sera naturellement implanté à Agadir.

Le Maroc s’est donc engagé dans une politique d’aménagement de pôles de compétitivité structurés autour de projets de coopérations technologiques. Il s’agit d’une volonté clairement stratégique visant à fortifier chaque territoire à partir de réseaux d’acteurs mobilisés autour d’objectifs de compétitivité et d’attractivité communs.

Les pôles de compétitivité sont centrés sur la notion principale de réseaux : réseaux interentreprises (TPM, PME, grands groupes), réseaux entre le secteur privé (entreprise) et public (les collectivités locales, la recherche) et réseaux entre les entreprises, les centres de recherche et les organismes de formation. L’objectif est de favoriser la collaboration de l’ensemble de ces partenaires autour de projets de coopération technologiques, en vue d’une meilleure compétitivité. C’est cette coopération qui permettra de rendre chaque pôle plus visible à l’extérieur et donc plus attractif.



Les mutations économiques auxquelles les territoires sont confrontés incitent les entreprises à se rapprocher du monde de la recherche afin de multiplier ensemble les innovations au sein d’un même territoire. Dans cette optique, une politique industrielle territoriale peut se développer sur la base de nouveaux partenariats implantés sur un même espace géographique. Une telle coopération permet de développer une intelligence collective permettant de se prémunir contre les concurrents et de s’affirmer sur la scène internationale.



Le plan Emergence a déclenché une dynamique, mais il faut maintenant mettre en place une démarche réfléchie et une stratégie pour accompagner le développement des régions et leur spécialisation, ainsi que la gouvernance et l’évaluation des pôles.

Yawatani